|
Artaud (1896-1948) prit le visage du rénovateur du
théâtre contemporain : « der Vater des modernes Theaters »,
disait-on en Allemagne. Durant toute une décennie, ce fut une
véritable folie d'Artaud : chacun se réclamait de lui, et une
« cruauté » le plus souvent mal comprise était mise à toutes
les sauces. Comme toutes les modes, celle-ci finit par
refluer. Non sans inspirer un vif soulagement à ceux que cette
frénésie avait consternés. Car elle était largement
mystificatrice, et un certain culte aveugle avait tendu à
occulter, par ses excès bruyants et réducteurs, la richesse
d'une parole que l'on commençait à peine d'approcher. Il
arrive que le reflux d'une mode s'accompagne d'un détournement
radical de ce qui en a été l'objet et que l'on aille jusqu'à
brûler ce qu'on avait adoré. Rien de tel ici : ce qui a
disparu, c'est l'écume, le fracas. Mais l'intérêt profond pour
Artaud n'a pas décru. Le prouvent les numéros spéciaux de
revues qu'on continue de lui consacrer, à intervalles quasi
réguliers, tandis que se poursuit méthodiquement le lent
dévoilement des Oeuvres complètes. Alain et Odette Virmaux (IN Antonin Artaud, La Manufacture éd.) Ailleurs sur le réseau : Artaud
(Le grenier de Lionel Mesnard) |